Un matin, les yeux à moitié ouverts et l'esprit encore enseveli dans des brumes soporifiques ma conscience récidive. Mais quel heure est il? non, il ne faut pas se lever, se jeter dans la course à la vie, au rythme infernal de la société non, moi je serai hors du monde pour un matin où peut être une après midi maintenant. Le soleil s'est attardé sur le coin de mon oeil et une lame se poursuit sur mon torse, et sa chaleur me réchauffe partiellement. Je me lève, ma glace me dit qu'il est temps de faire quelque chose, alors sans une réponse, je passe et me dirige vers mon café encore chaud qui s'écoule dans ma gorge comme de la lave brulante d'un volcan en fusion. je m'allume une cigarette, une de ces cigarettes qui font du bien, la fumée me rassure et me permet d'émerger. Après avoir écrasé la dernière cendre, le paysage attire particulièrement mon attention et je m'y arrête l'espace d'un instant avant de me diriger vers la salle de bain avec toujours les mêmes critiques du miroir, ses jugements qui m'en rappellent d'autres...le réveil indique 6h30, déja une demie-heure que je fais partie des voyants de ce monde et je suis las d'être là, ou peut être l'inverse. J'avale un autre café et j'enfile un pantalon après cette vivifiante douche puis je sors affronter les autres, les autres "voyants". Le trajet jusqu'au lycée me semble plat, toujours ces mêmes maisons, ces mêmes montagnes, ces mêmes paysages qui ont perdu de l'attrait à cause de l'habitude, de cette harassante monotonie provoquée par la routine déroutante. Comme chaque jour, les cours étaient les mêmes, seul le prof changeait, et nul humain normalement constitué n'aurait pu y éprouver un minimum d'attention et de passion, en entendant certaines explications arrachées et le peu de charisme qu'ils usaient pour le faire. Ces connaissances étaient le fruit de centaines d'années de recherches et elles nous étaient déballées comme si cela avait toujours était acquis. Au fond, un professeur de physique qui n'éprouve pas un sentiment de fierté humaine quand il parle de la relativité n'a pas vraiment compris de quoi il parlait. J'étais ailleurs, plus attentif au battement de cette abeille ou aux rires extérieurs qu'à ses médiocres sermons, je voyage en permanence. Hors de mon temps et hors de mon corps, je quitte la salle l'espace d'un instant et je n'y reviendrai que lorsque la sonnerie retentira...
Elle est là, fumant une cigarette devant ce macabre portail, des barreaux qui nous aliènent au savoir au lieu de nous y inviter. Un centre de connaissance qui prend l'allure d'un centre pénitencier et pourtant, elle est là et profile de cette cigarette, de chaque bouffée qu'elle lui offre, de cette fumée qu'elle dégage, de ces cendres par terre et de cette sensation de bien être le temps d'une pause. Elle pense, repense à toutes ces choses qui prennent tout les volumes de son esprit, qui lui prennent tant de temps, mais elle pense car elle est comme ça. Elle voudrait se transporter ne serait-ce qu'une seconde loin d'ici elle aussi, loin d'elle. Elle rêve de pays ensoleillés, de sable fin, doré et chaud sous ses pieds. Elle rêve elle aussi d'être libre, d'être bien avec elle même, pouvoir renouer avec la vie telle qu'elle la conçois et telle qu'elle la veut. Elle voudrait tant bannir toutes ses galères, et garder le meilleur,le vrai. Et puis elle se demande où est la norme, la "normalité" un bien grand mot pour des gens qui se disent tous différents mais qui sont pourtant si semblables au fond, si communs...Elle se demande pourquoi elle ne peut pas avoir la simplicité à laquelle elle aspire, et ne veut plus respirer l'air de la mélancolie, de la trahison et de toutes ces choses qui rendent les hommes mauvais et qui font que ce ne sont plus véritablement des hommes...elle veut sortir de tout ça et revient à la réalité quand cette stridente sonnerie vient détruire son château de sable...